Des livres, des vêtements ou encore des meubles… Non, il ne s’agit pas d’un catalogue d’ameublement ou d’un fascicule de brocanteurs, mais d’une série photographique sur la montagne.
À la Montagne comme à la Maison, c’est l’histoire d’une passion, et du désir de la transmettre. Ce sont des mondes qui se croisent. À travers ce projet, le photographe Maxence Auclair souhaitait partager son amour pour la marche en montagne avec des personnes qui n’aiment pas cette pratique. Partant de son envie de les y initier, il les a amenées dans des endroits beaux et accessibles à tous pour leur montrer que la randonnée n’est pas réservée à une élite sportive.
Margot, Carole, Hari et Charline ont tenté l’aventure et ont été conduits le temps d’une journée dans les massifs environnants. « Mais quel rapport avec des meubles ? » me direz-vous. J’y viens. C’est là toute l’originalité du projet ! Ces personnes n’ont pas sillonné les sentiers seules, mais avec un groupe de porteurs et des éléments de leur quotidien afin de reconstituer leur cocon, leur univers familier dans ce milieu qui leur paraissait hostile.

Charlotte Doubovetzky
Hari — 7 m² de parquet, des rollers, une télévision, un fauteuil, une radio, une manette de jeux.
Le Conest, massif du Taillefer. 
 
« Quatre heures de marche pour arriver en haut d’un sommet, moi j’veux bien, hein, mais quatre heures de voiture et t’es à Dijon, quoi ! »
 
S’il est facile de définir le cocon d’Hari, il est plus délicat de définir le personnage. Il ne veut ni contraintes ni étiquettes. Monter, pour arriver à un sommet et redescendre, c’est quelque chose qu’il a du mal à comprendre. Une idée trop restrictive à son goût. Son monde à lui ? Du funk dans les oreilles, une paire de patins aux pieds, et la rue : un espace sans limites et sans règles.
Carole – Un portant de vêtements, des jupes, quelques livres, un sofa, deux affiches de film, une table, un tourne-disque et un vinyle.
Charmant Som, massif de la Chartreuse. 

« Ça vit pas une montagne, ça m’ennuie, et quoi qu’on dise, le langage de la montagne n’est pas partagé ! »

Carole ne porte pas de jupes. Pourtant elle aime leur élégance et leur légèreté. Éléments qu’elle est loin de retrouver dans les sommets qui l’entourent depuis des années. Les montagnards la désolent. Tous les mêmes. Vêtus de leurs vêtements techniques, ils ne pensent qu’à la performance. Faire plus. Toujours plus. Plus que les autres, plus que la dernière fois… Et dans cet univers de compétition, les classes populaires n’ont une fois de plus pas leur place.
Margot – Un fauteuil, une table basse, un mannequin, un livre et des bibelots venus d’ailleurs.
Le lac Achard, chaîne de Beldonne. 

« J’ai besoin de m’amuser, moi. Du coup, l’effort juste pour voir un autre point de vue de ce que je connais déjà, j’vois pas trop l’intérêt. » 

Margot a dès son plus jeune âge arpenté les sentiers, mais pas par choix. Randonner en montagne quand on est grenoblois, ce n’est pas que du plaisir, c’est presque un devoir. Face à cette contrainte, elle préfère prendre le large et partir explorer de lointaines contrées. Changer de point de vue ne lui suffit pas, elle préfère changer de paysage.
Charline – Le buste de Pépé, une table, une baignoire, une caisse rouge, un verre de vin, un ordinateur et un paquet de cigarettes.
Grotte du Guiers mort, la dent de Crolles, massif de la Chartreuse.

« La nature ? C’est chez moi ! À l’extérieur, en ville ou à la montagne, on est toujours en représentation. C’est chez moi, la liberté… »

Nul besoin de grands espaces pour que Charline se sente libre. Au contraire. Chaque jour, c’est immergée dans son bain qu’elle s’abandonne au moment présent, qu’elle est bien. À la recherche des émotions et non des sensations, elle favorise la contemplation. Si la montagne la fascine, elle déteste l’effort physique, et entre la vie nocturne et le réveil à l’aurore le week-end pour aller marcher, il fallait choisir, parce que « sérieusement, les montagnards, à quelle heure ils sont libres, eux ? »




Il devait aussi y avoir…

Ouari – Un sac à dos.
Salim – Une radio et une cigarette.
Le col Vert, massif du Vercors.

Ouari et Salim sont tous deux accompagnés par Le Fournil, une association accueillant des personnes en grande précarité.
Malgré le désir de ces deux personnes et nos nombreuses sollicitations, les randonnées n’ont pas pu se réaliser. Leur absence dans cette exposition ne fait que mettre en lumière les faits : la randonnée n’est pas un sport pratiqué et praticable par tous.
Si l’objectif initial du projet À la Montagne comme à la Maison était de faire découvrir, et aimer, la montagne et le plaisir de la marche à des personnes n’aimant pas ça, les échanges entre les porteurs et les volontaires « non marcheurs » nous ont rapidement incités à élargir notre approche et à interroger l’écart entre ces deux groupes. Il en est ressorti que la notion de « goût » était loin d’être suffisante et que les questions d’accessibilité, de disponibilité, de culture, de ressources (financières et sociales) entraient en ligne de compte. Il nous paraissait important dans notre envie de sensibilisation de les souligner.






Vous pouvez également retrouver le projet À la montagne comme à la maison sous forme de documentaire de sept minutes. Celui-ci est en cours de diffusion. Ci-dessous le format court de 53 secondes.

Remerciements
Charlotte Doubovetzky, rédactrice
Thibault Dion, Alexis Benoit, Thibault Adam et Pierre Belabbes, vidéastes
Rémy, Célien, Raphaël, Léna, Jessyline, Jessica, Andy, Violaine, Louis, Norah, Léa, Axel, Antoine, Léo, Roman, Paul, Ludovic, Arthur, Xavier, Pierre, Rany, Yannick, Anaïs, Mathilde, Caroline, Charlotte, Anna, Florence, Elian et le collectif Tchikiboum tango, porteurs
Carole, Hari, Charline et Margot, non-marcheurs
Autoka, loueur de véhicules

Avec le soutien de la fondation d'entreprise Glénat

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